Bulletin n°11 « Spécial 450ème »

22 avril 2009

Au sommaire de ce bulletin :

  • Un somptueux 450ème
  • 450 ans d’histoire ?
  • Le choix de l’autocélébration
  • 450e : Retour sur la conférence d’Ismail Serageldin
  • 450e : Calvin s’exprime enfin !

 

Un somptueux 450ème

Voici qu’approche le 450ème anniversaire de l’Université de Genève, belle occasion de se glorifier, de s’autocélébrer, de se gargariser, de se regarder le nombril. On ne parle plus que de cela, les affiches sont partout. Les annonces de conférences exceptionnelles de la part du rectorat frisent le "pourriel" tant on en reçoit. Ce matin encore, on me vantait les mérites de Louise Arbour dans ma boîte de réception. J’en ai ras-le-bol de recevoir des courriels de M. Vassalli.

C’est joli de se chanter la sérénade à soi-même. C’est sûrement l’occasion de débourser pas mal d’argent en évènements élitistes (car soyons honnêtes : le petit peuple va-t-il y courir ? Non.), en apéritifs gargantuesques (l’honneur de l’université se joue-t-il dans les petits fours ?), etc. De belles dépenses...

Mais on en oublierait presque les vrais problèmes. On se demande où passe l’argent des contribuables... Pourquoi organise-t-on des festivités coûteuses alors que le bâtiment des Philosophes tombe en ruines sans qu’il soit rénové ? Pourquoi les organise-t-on sans offrir gratuitement aux étudiants et étudiantes de Genève la possibilité d’améliorer leurs connaissances en langues étrangères (ce que fait Lausanne) ? Chacun, chacune, connaît les manquements financiers de notre université et de sa faculté. Nul besoin d’épiloguer. On vient ensuite nous dire qu’il faut augmenter les taxes semestrielles ? On se moque de nous !

Mais le pire n’est pas tant l’argent que la connaissance perdue ! Très discrètement, il a été annoncé que le semestre serait raboté d’une semaine de cours... pour permettre les festivités du 450ème anniversaire !!! Je vais perdre une vingtaine d’heures d’enseignement parce que deux pelés trois tondus organisent une conférence par-ci et un appéritif par-là ??? Je ne crois pas que ce bon vieux Calvin aurait apprécié. Comme quoi, ses lois somptuaires sont bel et bien mortes.

Casse-noisette

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450 ans d’histoire ?

L’Université de Genève fête cette année ses 450 ans. Mais l’institution née il y a 450 ans se distinguait fortement de celle que nous connaissons aujourd’hui par sa fonction et ses activités. Alors que la nouvelle loi sur l’uni aurait permis à l’institution d’entrer dans le XXIe siècle, ses autorités revendiquent aujourd’hui par une ostensible célébration une filiation avec une institution bien plus vielle : l’Académie de Genève, fondée en 1559.

Revendiquer une histoire longue lors de changements structurels n’est pas une stratégie nouvelle, c’est un phénomène bien connu en ce qui concerne les nations, par exemple. Elle permet de légitimer l’existence actuelle en la fondant sur un passé mythique revisité d’un point de vue contemporain. Pour tenter de comprendre comment le lien « naturel » entre ces deux institutions s’est construit, nous proposons de revenir brièvement sur ce qu’était l’Académie de Genève et sur le passage d’une institution à l’autre au XIXe siècle. Quelle est cette continuité au nom de laquelle l’université de Genève fête aujourd’hui ses 450 ans ?

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Le choix de l’autocélébration

Un retour sur le passé peut avoir une fonction historicisante : remonter à l’origine d’un objet pour mieux comprendre les forces qui le traversent, réfléchir sur cette origine, dépasser les représentations évidentes ou « naturelles » que l’on peut en avoir et éclairer le présent ; ou une fonction commémorative : célébrer une existence de longue durée, voire l’ancrer dans un passé mythique, pour en partie légitimer son existence. Dans le cas des célébrations du 450e anniversaire de l’Université de Genève, le choix de la commémoration ne fait pas débat. Il ne manque aux réjouissances plus que la fameuse plaquette commémorative, entendez ici, le livre de papier glacé illustré par de belles images, qui livre une histoire linéaire sans accrocs qui, partant de l’origine choisie de l’objet, conduit naturellement et sans remous au moment présent (ou s’il y a luttes, elles se terminent toujours par un progrès triomphant pour la communauté). Il est vraiment dommage qu’en l’occurrence, une institution comme l’université de Genève qui dispose des ressources intellectuelles nécessaires à la production d’un vrai travail historique sur son passé n’ait pas la volonté de le faire et décide de confier cette tâche à quelqu’un d’autre.

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450e : Retour sur la conférence d’Ismail Serageldin

Si on nous apporte sous le titre de l’esprit quelque chose qui ne soit contenue en l’Evangile, ne le croyons pas.
Jean Calvin

Avec la conférence d’Ismail Serageldin, les festivités du « 450e » ont franchi un nouveau cap. Du pathétique, on est maintenant passé au registre de l’obscénité. Puisque la fonction de cet anniversaire est l’autocélébration à tous vents, que pouvait-on imaginer de mieux indiqué qu’un slogan simpliste et rassurant comme « La science va sauver le monde ? ». Car c’est en substance le message qu’a cherché à faire passer le directeur de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie le 24 mars dernier, dans son discours intitulé : Réinventer les centres culturels au XXIe siècle.

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450e : Calvin s’exprime enfin !

On ne le répétera jamais assez. Malgré ses 500 ans, Jean Calvin n’a pas pris une ride. Tout comme son actuel successeur – et non moins réformateur – Jean-Dominique Vassallinghi, c’est un grand homme qui a su saisir le sens de l’Histoire. A l’occasion du 450e anniversaire de l’Académie qu’il a fondée, et alors qu’une nouvelle loi sur l’Université nous permet enfin de conjuguer dans un même élan humaniste Tradition et Progrès, il a tenu à nous faire la preuve de son éternelle modernité :