Bulletin n°16
14 décembre 2009
Au sommaire de ce bulletin :
- Éditorial
- Volonté de dialogue et État policier
- SES : La restructuration passe en force
- Les études genre démantelées
- Promo spécial Noël : professeurs livrés en duo-pack !
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Éditorial
Ces dernières semaines, dans les universités d’Europe, les étudiant-e-s se sont mobilisé-e-s contre la réforme de Bologne et les transformations en cours dans le monde académique. A Berlin, Vienne, Zurich et Genève (parmi beaucoup d’autres villes), des étudiant-e-s s’opposent à des réformes qu’elles/ils qualifient de marchandisation de l’éducation supérieure. En Suisse, des enseignant-e-s chercheuses/eurs ont déclaré leur soutien à ce mouvement, sans toutefois entreprendre une action substantielle. La déclaration dite des 87 a finalement recueilli plus de 200 signatures dans toute la Suisse.
A Genève, où le mouvement a occupé un auditoire durant trois jours, les médias ont préféré se concentrer sur l’aspect spectaculaire de cette action, la présentant comme l’affrontement entre une minorité de contestataires et d’autres étudiant-e-s désireuses/eux de suivre bien tranquillement leur cours d’histoire du droit (voir notamment la Tribune de Genève). De notre côté, nous avons jugé plus intéressant d’écouter ce que les étudiant-e-s mobilisé-e-s ont à dire et d’offrir à la communauté universitaire, par le biais du présent bulletin (comme des précédents), un relais vers le contenu des réflexions menées ces derniers jours dans l’auditoire occupé et par la suite. Dans ce sens, on pourra lire le deuxième numéro du journal L’Étudiant libéré. Quant aux méthodes employées pour évacuer l’auditoire, elles ne montrent pas l’ostensible « ouverture au dialogue » répétée par le rectorat, comme le rapporte l’article « Volonté de dialogue et État policier ».
Parmi les revendications des étudiant-e-s, l’abandon de la restructuration de la Faculté des SES paraît aussi sage qu’impérieuse, et ce pour au moins trois raisons. D’abord parce qu’elle implique la disparition de certaines entités (voir à ce sujet l’article ci-dessous « Les études genres démantelées ? »). Ensuite, parce que rien ne garantit qu’une fois cette restructuration achevée, les autres facultés ne subiront pas le même sort. Que se passerait-il par exemple si on décidait de revoir les postes de la section de physique au prorata du nombre d’étudiant-e-s inscrit-e-s dans cette filière ? Finalement, parce que cette refonte consacre la séparation entre la recherche et l’enseignement, alors que le mariage des deux est à la base de notre système. En effet, la nouvelle structure des SES comprend des instituts financés par des fonds externes, dont les chercheuses/eurs se consacrent à la recherche, et des département financés par le DIP qui prennent en charge les activités d’enseignement. Le premiers ont évidemment un statut plus précaire puisqu’ils sont appelés à disparaître avec leurs financements. La direction de la Faculté ne semble pas s’embarrasser de formalités « démocratiques », puisque la restructuration a été annoncée comme effective au 1er janvier prochain, alors que le conseil participatif ne s’est pas encore prononcé (voir l’article : « SES : la restructuration passe en force »).
Par ailleurs, la convention d’objectifs pourrait aussi susciter quelques inquiétudes, puisqu’elle prévoit dans ses indicateurs pour les objectifs 1.1, 1.2, 1.3 et 1.4 l’« Evolution de la réallocation des moyens au pôle d’excellence, mesurée par rapport la situation actuelle ». En clair, l’Etat oblige l’université à « réallouer » des fonds aux « pôles d’excellence » suite au désengagement fédéral (pour les objectifs 1.1 et 1.2). Il faudra bien prendre l’argent quelque part, mais où ?
La convention d’objectifs est disponible ici, et sa lecture est conseillée à toute personne désirant se faire une idée de ce que l’avenir nous réserve...
Nous avons donc quelques raisons légitimes de nous inquiéter. Les étudiant-e-s qui ont cherché à créer un rapport de force ne devraient-elles/ils pas être rejoint-e-s par d’autres membres de la communauté pour une mobilisation plus large ?
Le comité d’édition
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Volonté de dialogue et État policier
Se proclamant « ouvert au dialogue », le rectorat a néanmoins procédé lundi 30 novembre à l’évacuation de l’auditoire R080, occupé depuis le jeudi précédent par le mouvement « Education is not for $A£€ ». À six heures du matin, les soudards du service de sécurité débarquent accompagnés d’un vice-recteur et engagent « le dialogue » à grand renfort de menaces, en particulier celle d’une intervention de la police. Ce faisant, le rectorat trahit sa parole, donnée le vendredi au soir, de ne pas procéder à une évacuation, sauf en cas de violences ou de déprédations.
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SES : La restructuration passe en force
J’aimerais revenir brièvement sur la restructuration de la faculté des SES, à la lumière des événements récents. Plusieurs articles publiés sur ce site ont déjà montré que ce projet de réorganisation a été mené de manière cavalière par le décanat qui cherche à placer le conseil participatif devant le fait accompli. La question qui se pose à présent est de savoir si la mise en oeuvre de ce projet n’est pas tout simplement illégale. Le personnel de la faculté a reçu il y a quelques jours un courriel de l’administratrice qui annonçait que les changements allaient entrer en vigueur au 1er janvier, c’est-à-dire avant la séance du conseil participatif qui ne s’est pas encore prononcé.
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Les études genre démantelées
L’unité interdisciplinaire d’études genre, qui existe à l’Université de Genève depuis 1995, a vécu. Du moins est-elle appelée à disparaître au 1er janvier prochain. Curieusement, cette décision semble avoir été prise en dépit des engagements et des obligations qu’a l’Université d’œuvrer au renforcement de ce domaine d’enseignement et de recherche.
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Promo spécial Noël : professeurs livrés en duo-pack !
Le plus étonnant dans la logique du « star system » qui prévaut actuellement dans le monde universitaire, c’est qu’elle repousse toujours plus loin les limites de l’indécence.
Lorsqu’un professeur tout particulièrement convoité met comme condition à sa venue en Suisse la nomination conjointe de son épouse, l’Université s’exécute. Elle a même consacré un terme « bling bling » pour faire passer cette pratique pour autre chose que du népotisme, la dual career : « Un poste de professeur pour vous Monsieur. Et pour Madame ? – La même chose je vous prie ; ma femme et moi avons les mêmes goûts ». Rien que de très banal et de fort galant, dira-t-on. Sauf qu’en l’occurrence, nous ne sommes pas au restaurant, et que l’accès aux postes de professeurs à l’Université est censé être régi par quelque principe de justice. La justification par la dual career n’est donc pas suffisante, et le recours aux bonnes vieilles méthodes corporatistes s’avère nécessaire pour camoufler l’opération.
