Certification mondiale pour les secrétaires : vers un programme Erasmus pour le personnel administratif ?

8 mars 2009

Toujours soucieuse de renforcer la mobilité des actrices du monde académique, la Faculté des Lettres a décidé d’encourager ses secrétaires à suivre une formation menant à la certification ECDL. Derrière cet énigmatique acronyme se cache la fondation European Computer Driving Licence. Elle propose des formations dans le monde entier sur une multitude de programmes informatiques, du traitement de texte à la publication internet. Sans beaucoup de surprise, une visite sur leur site (www.ecdl.org) nous apprend que la formation au traitement de texte se fait sur Word. Sur presque chaque page du site, l’accent est mis sur le haut niveau de qualité des formations dispensées par l’ECDL. Mais il faut chercher assez longtemps pour comprendre de quoi il s’agit véritablement tant le message se focalise sur la qualité et la certification. On nous dit que le produit est bon, qu’il ouvre des portes, mais on peine à découvrir sa véritable nature : une formation aux outils vendus par Microsoft.

Cette formation et plus largement l’implication de la Faculté par son encouragement aux secrétaires à suivre celle-ci pose une série de questions.

Cette certification apportera-t-elle une plus grande mobilité au personnel administratif ? Envisage-t-on d’étendre le programme Erasmus aux secrétaires ? Au moment où les crédits accordés à l’enseignement et la recherche sont de plus en plus rares, avons-nous vraiment besoin de cette formation ; quel est son apport pour les secrétaires et pour la Faculté ? N’y a-t-il pas ici un problème de priorité ? Dans un soucis d’économie, l’Université ne devrait-elle pas chercher plutôt à abandonner les licences Office (Microsoft) au profit de programmes libres (Openoffice, par exemple), qui sont souvent meilleurs et plus efficaces. Certaines d’entre vous connaissent sûrement la dernière version de Word qui utilise beaucoup plus de mémoire vive que l’ancienne et privilégie l’enregistrement des documents en format docx, illisibles pour celles qui utilisent encore la version 97/2000. Est-ce qu’avant de décider d’encourager vivement les secrétaires à suivre cette formation, on leur a demandé leur avis ? N’ont-elles pas d’autres besoins plus impérieux en matière de formation (langue, suite libre Office, publication internet, etc.) ?

Un autre problème de taille me semble-t-il est celui de l’allocation des ressources. L’Université part en 2009 avec un budget amaigri et on nous demande de faire des économies. Papier, stylos, transparents sont autant d’objets qu’on nous demande d’utiliser avec parcimonie. Quant aux crédits alloués à l’enseignement et la recherche la tendance n’est pas à l’augmentation, bien au contraire. Chaque départ à la retraite occasionne un questionnement sur la pertinence d’engager une remplaçante.

La Faculté des Lettres souffre d’un gros problème d’espaces, ceux-ci sont cruellement insuffisants en ce qui concerne les bureaux des collaboratrices de l’enseignement et de la recherche, sans parler du corps intermédiaire, première victime de cette pénurie. Cette situation nous prive notamment de pouvoir inviter des chercheuses boursières par manque d’espace pour les faire travailler. Les doctorantes financées par des fonds du FNS ne disposent évidemment pas d’espace de travail (contrairement à ce que les contrats stipulent) et sont donc ainsi privées de la stimulante convivialité (pour la recherche surtout et les échanges intellectuels) des départements auxquels elles sont attachées.

Quels sont les buts poursuivis par de telles formations ? S’agit-il simplement de justifier l’existence de la formation continue et de renforcer les liens entre l’Université et Microsoft ? En confiant à des organisations extérieures (souvent liées à Microsoft par contrats et fournissant des formations uniquement sur les programmes de cette firme) la formation continue de ses employées, l’Université cherche-t-elle à alimenter ce secteur qu’elle veut intégrer par sa propre offre en formation continue ? Grâce à ces formations, la Faculté comptera bientôt un personnel administratif formé selon les plus hauts standards de qualité mondiaux. Mais quel est l’apport de cette plus-value de qualité sur les conditions de travail des employées en général et du personnel administratif en particulier ? Quel est le message de cette quête de qualité ? Qu’est-ce que la qualité en définitive ?

 

[Un autre article traite également de la formation ECDL
en Faculté des sciences économiques et sociales
]