Comme pour le conseil fédéral, ils se tiennent par la barbichette

24 mai 2010

Le 7 mai dernier, le conseil participatif (CP) des sciences économiques et sociales (SES) refusait de reconduire le doyen de la faculté pour un nouveau mandat de 4 ans. Ce jour-là le quorum fut atteint de peu alors que les précédents conseils furent plus garnis. Une majorité absolue des membres présents refusa d’élire le doyen. S’il est impossible de connaître les raisons exactes qui ont poussé les membres du CP à ne pas reconduire son mandat, il est bon de rappeler à ceux qui considèrent cet événement comme un saut d’humeur du CP quelques raisons du mécontentement qui sévit en SES.

Le projet de réorganisation de la faculté qui supprime des départements [1] et modifie profondément l’organisation de l’enseignement et de la recherche n’a jamais obtenu un soutien franc de l’ensemble du corps professoral. Au début du processus, lorsqu’il s’agissait encore de rassembler le département de sociologie et celui de géographie en une seule entité, certains appuyaient la réforme considérant pouvoir en tirer avantage. Mais à mesure des modifications apportées au projet initial, la répartition des éventuels bénéfices s’avéra de plus en plus incertaine. L’enjeu même de la réforme est de plus en plus flou. Est-ce que les HEC et la science politique qui, en comparaison des autres départements et du nombre d’étudiants suivant les filières, sont sous-dotés en moyen et en personnel y gagneront quelque chose ? Rien n’est moins sûr. Pourtant ils continueront certainement à soutenir le doyen Morard. Parmi les autres corps, les étudiants et une partie du corps intermédiaire ont fait savoir tout le mal qu’ils pensaient du projet de restructuration porté par le doyen.

Une autre raison de mécontentement est le mépris du doyen pour le CP. Ainsi, le doyen ne comptait pas faire approuver son projet de réorganisation par le CP au travers du règlement d’organisation de la faculté. On se souvient de l’annonce faite durant le mois de décembre 2009 aux collaborateurs de la faculté décrétant l’entrée en vigueur de la réforme « non achevée » pour le mois de janvier 2010, marquant ainsi symboliquement la dérive dans le pilotage de la faculté. Aucune consultation n’avait été faite auprès du CP à qui revient pourtant la décision même après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’université.

Il semble également opportun de rappeler le mépris du doyen pour les conditions de travail des collaborateurs de la faculté. Il n’a pas hésité à regrouper les conseillères aux études en un seul et même bureau au mépris des besoins de confidentialité liés aux entretiens. Il a finalement dû faire marche arrière suite aux critiques des associations d’étudiantes et parce que l’affaire avait été ébruitée ailleurs. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que des responsables syndicaux s’indignent de la manière dont est gouvernée la faculté. On n’est certes pas à France Telecom, mais bien des collaborateurs souffrent des pressions qu’ils subissent.

Ajoutons à cela que le doyen illustre son dédain profond pour la participation et la délibération par ses prises de décision unilatérales et par sa transmission d’information chaotique et sélective. Il arrive même aux membres de la faculté d’être mis au courant par la presse. On apprendra par cette dernière la création d’un nouvel institut en finance ou le lancement d’un nouvel MBA en aéronautique [2] alors que ce dernier n’avait pas encore été avalisé par le conseil participatif qui devait se réunir le jour de la publication de cette information et qui a reporté le point, faute de temps.

Il semble désormais certain que le doyen se représentera au prochain conseil participatif du 28 mai. Entre temps, il a proposé un poste de vice-doyenne à la professeure Gardey des études genre. En l’incluant dans son équipe, il s’assurera probablement le soutien des professeurs des sciences sociales qui à l’exception du département de science politique considèrent l’actuel décanat comme trop lié aux sciences économiques et à HEC. Cela démontre bien qu’il n’a guère d’estime pour les autres corps et qu’ils considèrent toujours que le marchandage est la meilleure des régulations sociales. Espérons que les personnes qui se sont opposées à sa réélection ne se laisseront pas berner par une basse manœuvre marketing digne d’un candidat à une élection présidentielle française. En somme, de nombreuses personnes n’ont pas apprécié le premier mandat du doyen Morard. Il reste désormais à savoir si les professeurs de sociologie - département où seront rattachées les études genre après la réforme - et de science politique qui ont brillé par leur absence lors du dernier CP seront présents pour appuyer leur favori.

On pourrait naïvement se demander comment le bien-être de la faculté est pris en compte dans tout ça ? Nulle part, le plus important étant bien sûr que chacun conserve sa parcelle de pouvoir et qu’on continue à marchander à l’écart des regards indiscrets comme d’accoutumée.

Alain Proviste

[1] La suppression du département d’Histoire Economique semble désormais être une certitude.

[2] AGEFI du 7 mai.