Comment le rectorat s’occupe des questions genre
9 octobre 2011
Parler des questions de genre à l’université n’est pas une mince affaire. Si on veut s’y atteler, il faut considérer plusieurs aspects qui ont deux facteurs en commun : le pouvoir et ses supporters. Dans ces quelques lignes il sera question de démasquer les mauvais coups du rectorat et de ses acolytes, et de préparer une contre-attaque. Passons en revue les tactiques que le rectorat adopte afin de se montrer à la mode en matière de genre.
Tactique no 1 : la commission bidon
L’université est pourvue de plusieurs commissions bidons. Une de ces commissions est celle de l’égalité. Cette commission a pour but de fournir un alibi à l’unige pour qu’on ne lui reproche pas de ne rien faire sur les questions de genre. Autrement dit, elle a pour but de défendre l’image de l’unige face à de possibles critiques en la matière.
Pour montrer que l’unige n’entrave pas les carrières des femmes, le rectorat a chargé cette commission alibi de mener une étude sur la question. Mais, il n’a jamais envisagé de fournir des ressources pour que cette étude soit menée correctement. Son mot d’ordre a été le suivant : faire une recherche superficielle, qui ne soit pas trop scientifique pour éviter d’être trop coûteuse, qui montre que l’unige respecte les quotas fixés et qu’elle a nettement progressé sur les questions de genre depuis le Moyen Âge.
Nous refusons de réduire le féminisme à la promotion des carrières des femmes, mais le rectorat n’a quant à lui jamais envisagé de comprendre réellement quels obstacles se dressent contre les femmes qui souhaitent entreprendre une carrière académique.
Tactique no 2 : de belles paroles, mais pas de moyens
Concernant l’enseignement des questions genre, le rectorat assure que la plupart des professeur-e-s abordent ces questions dans leurs cours de leur propre initiative. Nous souhaiterions tout de même lui signaler que traiter en profondeur des problématiques liées au genre ne se résume pas à inscrire le mot « femme » dans l’intitulé d’un cours. Ces questions ont affaire avec une société patriarcale et hétéronormée dont les mécanismes sont particulièrement complexes. Prétendre les résoudre au détour d’une phrase, placée souvent au hasard lors d’un séminaire ou d’un cours, ne nous suffit pas.
Or, il existe une unité des Études genre. Mais, comble de l’hypocrisie, le rectorat, qui se dit si soucieux des questions de genre, ne lui fournit pas les moyens suffisants pour se développer. L’argent sort au compte-gouttes et l’unité passe le plus clair de son temps à batailler pour trouver les fonds nécessaires à sa survie alors qu’elle devrait pouvoir s’investir dans l’enseignement et la recherche. Il est toujours plus compliqué de sortir de l’argent que de donner un intitulé alibi à un cours.
Tactique no 3 : La grande star alibi
Cette année, le rectorat commence fort. Pour sauver l’image de l’unige, il a encore trouvé une solution. Le Dies Academicus prochain offrira au public un spectacle différent de celui de l’année passée, où sa majesté Barroso a reçu une médaille grâce à sa virile amitié avec quelques professeurs locaux. Pour prouver l’ouverture d’esprit de l’unige, un des doctorats honoris causa sera décerné à Toni Morrison, une femme, écrivaine, noire. Soit un concentré de tout ce qui fait le plus peur aux individus mâles bénéficiant de tous les privilèges que leur confère le système hétérosexiste et colonial. Cette manœuvre de communication semble parfaite pour racheter tous les péchés du rectorat, puisque de nos jours seule l’image compte.
Mais veut-on laisser le rectorat agir impunément ?
Il n’en est pas question. Une commission bidon, des intitulés creux et un prix purement symbolique ne nous font pas oublier que le rectorat méprise d’un regard hautain les femmes réclamant des mesures plus importantes que la mise en place de quotas fictifs ; cela ne nous fait pas oublier que le rectorat privilégie et finance les recherches scientifiques qui prétendent expliquer les constructions sociales genrées en ayant recours à la biologie ; cela ne nous fait pas oublier non plus tou-te-s les professeur-e-s, les assistant-e-s et les étudiant-e-s qui méprisent les questions de genre et qui pensent que pour calmer les femmes atteintes d’hystérie féministe, il n’est plus nécessaire de les mettre dans des asiles psychiatriques mais qu’il suffit de « les caresser dans les sens du poil, comme les chiens » [1]. Nous ne sommes pas dupes et plutôt que de nous laisser utiliser à des fins de communication rectorale, nous comptons faire littéralement péter la bulle phallocrate de cette université patriarcale.
Le MFAR
Mouvement Féministe d’Abolition du Rectorat [2]
