Dies Academicus : le ministre ne sait plus à quelle loi se vouer
23 novembre 2011
Il est vrai que vu les changements fréquents de la loi sur l’Université (2000, 2004, 2008) que nous connaissons à Genève, il devient parfois difficile de s’y retrouver et de désigner les organes de l’Université par les noms prévus par la loi en vigueur. Preuve de la difficulté de l’exercice, même le conseiller d’Etat Charles Beer, promoteur de la dernière loi, a de la peine s’y faire.
Dans son bref discours à l’occasion du dernier Dies Academicus, Charles Beer a admis que « trouver sa place, celle respectivement d’un gouvernement, d’un rectorat ou d’une Assemblée de l’Université n’était pas chose facile ». Admet-il aussi la grande vacuité de la loi et donc la difficulté à rester fidèle au législateur ? Il peut paraître en effet difficile à l’Assemblée de trouver sa place, alors que la loi ne lui donne pas beaucoup de choses à faire ; elle lui confère surtout la compétence de formuler des préavis (loi sur l’uni, art. 32). L’alinéa 5 de l’article 32 lui permet tout de même de « formuler de sa propre initiative toute recommandation à l’intention du rectorat », ce qui lui laisse une petite marge pour intervenir dans la politique universitaire.
C’est surtout quand il s’est adressé directement à des représentants de l’Université que le conseiller d’Etat a eu de la peine à rester dans le régime actuel. Il est parti vraiment loin en arrière, il a parlé la langue de la loi de 2000 pour remercier « le président du conseil académique ». Il s’est repris pour s’adresser à ce dernier en tant que « président du conseil de l’université », organe défunt (loi de 1973). Bref, on ne comprend pas très bien où il a voulu en venir. Ou était-ce un clin d’oeil à Roger Mayou, récipiendaire de la médaille de l’Université et ancien président de ce conseil, qui avait réussi en son temps à en faire une instance qui ne se saisissait de rien ? Ensuite, il est passé en mode langue de bois, mais là encore on a senti une hésitation : « J’aimerais également profiter de vous dire Monsieur le président du comité stratégique... conseil stratégique [il fallait dire président du conseil d’orientation stratégique], combien votre engagement avec celui du comité d’audit, mais également du comité d’éthique [il a oublié : et de déontologie] combien la vie universitaire est aujourd’hui en complémentarité, combien elle est basée sur le travail en commun combien tout simplement vos collaborations auront permis de mettre en avant l’intérêt général de l’Université et de la cité. »
Il a poursiuvi en remerciant les membres de la communauté universitaire et s’est à nouveau trompé de loi en s’adressant au « corps intermédiaire ». En effet, le terme est désuet : depuis la nouvelle loi on doit dire « corps des collaborateurs de l’enseignement et de la recherche ».
Même s’il a réaffirmé à plusieurs reprises la nécessité du soutien de l’Etat pour l’avenir de l’Université, la question financière, certes abordée par la bande, a eu de quoi inquiéter les membres de la communauté universitaire. Comme il l’a dit lui-même : « Alors que nous sommes en pleines discussions sur renouvellement de la convention d’objectifs qui devra nous couvrir pendant quatre ans... couvrir non pas dans un sens d’assurance mais couvrir quatre ans d’un parcours de collaboration. » Charles Beer a placé le financement parmi les « quelques défis » de l’Université, après l’indépendance académique et la question de la gouvernance. Selon lui, une « Université de service public moderne et autonome repose sur des financement complémentaires privés indispensables à son essor comme le rappelle la loi. » Et là il a montré qu’en fait il connaît bien la loi. Elle prévoit en effet dans son article 20, alinéa 2 : « L’université recherche activement des sources de financements complémentaires, publics, institutionnels et privés. » Après avoir rappelé l’importance de l’Université, la nécessité de l’engagement de l’Etat et remercié les collaborateurs, Charles Beer nous a ramenés à la réalité. Il a évoqué aussi les problèmes de revenus de l’Etat prévus pour l’an prochain. A quelle part du financement de l’Etat l’Université devra-t-elle renoncer ? Puisque la loi le permet, devra-t-on aller chercher ailleurs l’argent que l’Etat ne pourra pas nous donner ? Qui va « activement rechercher des sources de financements complémentaires » ? Charles Beer n’a pas dit que l’Etat allait réduire son financement, mais il n’a pas dit le contraire non plus. Il a évoqué tout à la fois, le soutien de l’Etat à l’Université, son importance dans la cité, son bon niveau, la convention d’objectifs et le financement privé.
On pourra dire aussi qu’au moins il a eu à coeur de remercier tous les membres de la communauté universitaire : employés et membres des divers organes. C’est toujours sympa d’être remercié par son ministre de tutelle. Le discours aurait été presque parfait s’il n’y avait eu ces hésitations, ces erreurs, ces bégaiements presque. Pour l’année prochaine, nous cherchons donc des bénévoles prêts à assumer un cours de rattrapage du conseiller d’Etat Charles Beer afin qu’il soit en mesure de prononcer un discours clair et sans erreurs sur l’Université. A moins qu’il ne nous concocte une nouvelle loi pour l’an prochain ?
