Faculté des SES : la sape se poursuit de l’intérieur

23 novembre 2011

Il en va de la Faculté des sciences économiques et sociales comme des westerns : on y tire avant de réfléchir, et plus il y a de dégâts, plus on persévère dans la mise à sac. Un an et quelques mois après une réorganisation des structures de l’enseignement et de la recherche imposée à l’usure par le décanat et l’administratrice, c’est au tour des secrétariats de faire l’objet d’un projet de restructuration orchestré en toute discrétion.

Fin octobre, les secrétaires des différents départements de la faculté ont reçu de l’administratrice, Mme Chiara di Antonio, l’annonce de la mise au concours de trois postes de « responsables d’équipes administratives ». Leur faisant miroiter des perspectives de promotion et les petits privilèges qui vont avec, elle les exhortait à déposer leurs candidatures. L’effet de telles promotions sera de créer un échelon hiérarchique supplémentaire dans une faculté qui souffre déjà d’une fièvre autoritariste, tant de la part des professeurs ordinaires qu’au sein de l’administration.

De facto, la direction opérationnelle de la faculté est actuellement concentrée dans les mains de l’administratrice en cheffe, épaulée par deux assistantes, le doyen semblant lui avoir donné carte blanche pour manœuvrer librement, tandis qu’il se consacre aux fonctions de représentation . La réorganisation de la Faculté, c’était déjà en bonne partie son œuvre, si bien qu’il s’en est fallu de peu (un sursaut du conseil participatif) pour que l’administratrice ne soit intégrée comme membre à part entière du décanat. Il en a tout de même résulté une prise de pouvoir considérable, et depuis la mise en œuvre de la réorganisation dont elle est l’architecte et dont elle seule connaît toutes les ficelles, l’administration de la faculté est passée maître dans l’art du gouvernement par oukazes, de la rétention d’informations et de la communication unilatérale.

Ce sont les collaboratrices du secrétariat des étudiants qui en ont fait tout particulièrement les frais dans un premier temps. Elles se sont en effet retrouvées du jour au lendemain sous la supervision des conseillères aux études, sans qu’elles n’aient été associées à ce remaniement hiérarchique, ni même consultées sur sa pertinence. Menée contre la volonté des principales intéressées, cette stratégie a eu pour effet de diviser les collaboratrices des deux services pour mieux régner. Les formations continues en management dispensées aux assistantes de l’administratrice n’y sont peut-être pas pour rien (les secrétaires ordinaires, elles, ont beaucoup plus de mal à obtenir le droit de suivre des formations continues). Les conseillères aux études ont alors été déplacées dans un ancien local informatique improvisé en open-space, au plus grand mépris de leur travail, et surtout au mépris des étudiants qui se voyaient ainsi privés de la confidentialité la plus élémentaire qu’ils sont en droit d’attendre d’un entretien avec leurs conseillers. C’est là tout le problème : le remaniement ne pouvait se justifier ni par les intérêts des étudiants, ni par le bien-être des travailleuses car cela leur a été imposé contre leur gré, ni par une affectation optimale des locaux, ni par un impératif de bon fonctionnement de la faculté, car le climat de travail y devient de plus en plus délétère sous l’effet d’une gestion autoritaire responsable de nombreux arrêts-maladie parmi les secrétaires. Face à des réformes qui ne satisfont personne, il existe deux postures possibles : admettre que l’on a eu tort ou persévérer dans son effort de nuisance. Croire que la première option puisse prévaloir ici serait bien mal connaître le fonctionnement d’une faculté (et d’une université, si l’on en juge par la réforme en cours des bibliothèques) dont les instances dirigeantes sont dans l’incapacité totale de remettre en question leurs orientations, et cela malgré les dégâts bien visibles qu’elles provoquent. L’opacité et la mauvaise foi tiennent alors lieu de méthodes de gestion. Ce n’est que parce que des collaboratrices et des étudiants ont donné de la voix pour protester contre ce remaniement que le décanat est partiellement revenu en arrière, en réaffectant les conseillères aux études à des bureaux individuels. En guise d’ultime brimade, les collaboratrices du secrétariat des étudiants se sont vu immédiatement déplacées dans l’open-space ainsi libéré. Quant aux anciens locaux du secrétariat des étudiants, plus spacieux et plus lumineux, il restent pour leur part désespérément vides depuis plus d’une année, dans un contexte de pénurie de places de travail. Et dans l’attente de quoi ?

L’administratrice n’a jamais caché sa vision de l’organisation idéale de la faculté. On pouvait en avoir un avant-goût dans le projet de réorganisation qui faisait mention d’un « pool de secrétaires », vraisemblablement placé sous sa direction et son contrôle. Les secrétaires administratives, qui actuellement sont rattachées pour la plupart aux départements au service desquels elles travaillent, seraient appelées dans cette perspective à être rassemblées dans une seule et même structure. Outre une perte d’autonomie pour les départements, cela ouvre naturellement la voie à une spécialisation des activités et des responsabilités, chaque secrétaire risquant de se voir confinée à l’exécution de tâches limitées allant de pair avec un rétrécissement de son cahier des charges. Les méthodes de gestion néolibérales rejoignent alors les bonnes vieilles pratiques du fordisme. On n’a jamais amélioré les conditions de travail dans une organisation en retirant arbitrairement à certaines personnes des compétences et des prérogatives pour les confier à d’autres. En revanche, en maintenant de la sorte une crainte constante du déclassement, on s’assure la docilité du personnel dont les membres se contrôlent les uns les autres et s’autocontrôlent individuellement, ce qui constitue un gain en terme de dépense d’énergie pour la direction supérieure. La question de savoir à qui profite le crime ne se pose dès lors plus.

A coup sûr, la récente mise au concours de trois postes de « responsables d’équipes administratives » est à comprendre comme un premier pas vers une restructuration de ce type. En instaurant une hiérarchie intermédiaire entre les secrétaires de départements d’une part, et l’administratrice et ses assistantes d’autre part, la manœuvre vise à diviser entre elles des secrétaires qui tendent à opposer, même timidement, une certaine résistance aux transformations qui se profilent dans l’organisation de leur travail. C’est ainsi l’occasion de tester les loyautés et les défiances, et de s’assurer de la redevabilité de celles qui auront été promues. Une telle manœuvre est d’autant plus sournoise que nombreuses sont les secrétaires qui effectuent déjà des tâches allant bien au-delà de leur cahiers des charges et assument des responsabilités essentielles à la bonne marche de la faculté, mais qui restent à ce jour en attente d’une reconaissance formelle de leur travail.

Aux tentatives qui ont été amorcées pour résister à cette dégradation des conditions de travail, c’est une stratégie d’intimidation qui a été opposée. Les secrétaires ont été dissuadées à plusieurs reprises de se réunir en l’absence de leur hiérarchie pour discuter horizontalement des transformations en cours, ou même pour envisager des manières plus efficaces de travailler ensemble. Lors de la réunion où ont été présentés les trois nouveaux postes, l’administratrice a refusé de tenir un procès-verbal, optant une fois de plus pour l’opacité. Plus grave encore, elle agit dans l’urgence de manière à ce que le Conseil participatif de la faculté ne puisse pas inscrire à son ordre du jour ce point concernant les secrétariats. Sachant que les postes en question ont déjà été définis et mis au concours, il est manifeste que nous avons à faire à une tentative de faire passer en force une restructuration des secrétariats, exactement comme cela avait été le cas il y a deux ans pour la réorganisation des structures de l’enseignement et de la recherche. A l’époque, c’est le rectorat qui avait dû intervenir pour annuler (provisoirement) la mise en œuvre prématurée de la réorganisation facultaire qui n’avait pas été soumise au conseil participatif. Aujourd’hui, personne ne proteste contre cette même politique du fait accompli.

Qui arrêtera ce travail de sape ?