Guerre et pets : Pierre Allan ou le Monsieur Propre de la Faculté des SES

26 octobre 2009

La presse l’a bien dit : à défaut de l’œuvre de Bernard Lescaze qui a lamentablement naufragé avec son acompte de 50’000 francs, le livre-souvenir Regards sur l’Université de Genève coordonné par le Prof. Gabriel Aubert fera bien l’affaire. Malheureusement le Rectorat de l’Université ne s’est pas inquiété de connaître le contenu de cet ouvrage qui a l’ambition de rester dans l’histoire de l’Université, car si ses contributions sont très inégales certaines tombent tout à fait dans la médiocrité voire dans la malhonnêteté. Dans sa contribution, le professeur de science politique Pierre Allan saisit cette occasion, avec la complaisance de l’éditeur, pour se mettre en scène et s’autoproclamer le Mister Proper de la Faculté.

Figurant au chapitre Gouvernance, ce texte est intitulé « “Un cas exemplaire de dysfonctionnement” : note sur les relations hiérarchiques entre recteur et doyen ». Il y revient sur une affaire qui, en plein scandale des « irrégularités financières », avait déjà fait l’objet d’articles dans les journaux de la place. En gros, la découverte de gains accessoires non déclarés d’un professeur ordinaire avaient conduit le doyen de la Faculté des SES et la directrice du département de science politique à faire saisir sans autorisation des documents et des fichiers informatiques d’une secrétaire du département, elle aussi mise en cause dans cette affaire. Le cas avait déjà fait l’objet d’un traitement particulier dans le rapport Béguin, obscure document censé faire le nettoyage interne de l’Université et lui redonner une pureté de façade. En définitive, le doyen de l’époque, qui n’était autre que Pierre Allan lui-même, n’avait pas obtenu gain de cause dans sa tentative de faire ouvrir une enquête administrative contre le « professeur L », qui a son tour avait déposé une plainte contre lui pour harcèlement. Il en a manifestement gardé une grande frustration. Le 450ème anniversaire de l’Université allait lui permettre de se défouler…

Tout est en toc dans ce texte qui, par le jeu de « la politique des petits copains », s’est retrouvé publié dans un livre censé marquer l’histoire de l’Université. Le « Prof. A. » cité dans les extraits du rapport Béguin, n’est autre que Gabriel Aubert, éditeur du livre-souvenir en question et qui avait été mandaté pour rédiger un premier rapport sur l’affaire susmentionnée. On croit tourner en rond… De plus, l’affaire dont il est question est ancienne et le Professeur L., protagoniste de la dispute, est maintenant à la retraite et parti à l’étranger. Le DIP a refusé de diligenter une enquête administrative au sujet des faits reprochés à la secrétaire, considérant qu’il n’y avait pas matière. Il est, par conséquent, tout à fait malvenu de ré-exhumer ce cas à l’insu des personnes concernées et en ne citant qu’une partie du dossier qui est bien plus complexe que ce que le rapport Béguin a pu en dire ; rapport dépourvu de toute valeur juridique.

Il faut rappeler ici que M. Béguin avait déjà délibérément pris fait et cause pour M. Allan. Dans son rapport qui se prétendait objectif, il avait en effet repris telles quelles deux pages de notes rédigées par le prof. Allan lui-même au sujet de cette affaire dans laquelle il était pourtant personnellement impliqué et accusé. On pouvait y lire notamment ce bijou d’autocongratulation à la 3e personne : « Pendant plus d’une année, le Doyen est paralysé dans ses efforts pour faire respecter les règles. » Comment en effet douter des propos et de la bonne foi du très mondain Pierre Allan, face auquel une secrétaire et un professeur étranger sans réseaux d’appui dans la République ne pèsent pas bien lourd ? Ces deux personnes n’ont pas eu le privilège de se répandre dans le rapport Béguin sans distance critique de l’auteur. Au contraire, la version des faits du professeur L est présentée (brièvement) pour y être aussitôt contestée, et celle de la secrétaire se réduit à une ligne. Le prof. Allan avait donc déjà bénéficié d’un espace tout à fait disproportionné pour faire valoir son point de vue. Mais cela n’était pas suffisant pour flatter son ego. Le voici donc à nouveau à la charge dans ce livre-souvenir. Il y reprend telles quelles les deux pages en question, déjà citées dans le rapport Béguin, sans préciser qu’il s’agit de sa propre version des faits. Il se contente de renvoyer lapidairement à une note de bas de page une indication comme quoi il s’agit de « la version de la faculté, dont certains aspects sont contestés par le Recteur Hurst ». Le voici maintenant promu au rang de faculté à lui tout seul ! Le procédé est non seulement d’une petitesse sans nom ; il est malhonnête et devrait tomber sous le coup d’une procédure confiée au Conseil d’éthique et de déontologie de l’Université.

Parmi les innombrables actes de cette affaire, Pierre Allan ne cite que les extraits du rapport qui servent sa « démonstration ». De manière surprenante mais logique, ses commentaires sont à peu près sans aucune relation avec l’affaire et se répandent en une logorrhée théorique incohérente. En fait toute cette mise en scène n’est qu’un prétexte pour ressortir une affaire dans laquelle il n’a pas eu gain de cause et re-proposer sa version des faits, cette fois-ci à un grand public. Quant à l’anonymat des personnes impliquées, il est tout relatif car la taille du département de science politique qui est au cœur de l’affaire permet de reconnaître chacune des personnes citées par leurs initiales. Là aussi une intervention du Conseil d’éthique serait la bienvenue.

On peut se demander si cela ne coûte pas trop cher au contribuable que de payer (en classe 30) des professeurs qui utilisent leur position privilégiée pour régler leurs affaires personnelles et passer leur ego à la brosse à reluire. Le nettoyage que M. Allan clame tant avoir voulu faire à la Faculté des SES s’est en fait limité à un règlement de comptes personnel avec un ancien collègue de département qui n’était certes pas un enfant de cœur, mais qui ne méritait pas qu’on claironne à tous vents cette affaire ou qu’on en fasse un chapitre pathétique dans un livre censé marquer une étape aussi importante que les 450 années de l’Université.

En fait, Cher Pierre, avec votre programme de nettoyage sélectif, vous pétez dans un jacuzzi ; essayez une fois de péter dans un ascenseur bondé : vous verrez la différence et vous pourrez être vraiment fier de vous…



NB : Le titre de cet article est un très beau jeu de mots emprunté à Jacques Dutronc.