Informatique : une formation inutile, mais obligatoire

10 novembre 2008

Je pense que ce qui arrive à plusieurs dizaines de membres du personnel administratif et technique devrait intéresser toute la communauté universitaire.

Après la FAPSE, une formation informatique aux logiciels Microsoft est actuellement donnée à tout le personnel administratif et technique de la faculté des SES : « Formation à distance aux compétences de base en informatique ». La décision de rendre cette formation obligatoire a été prise par la Faculté avec l’accord de la Division des ressources humaines de l’Université. Pourtant, pour une bonne partie des gens qui la suivent, cette formation est tout simplement inutile, alors qu’elle prend trois heures par semaine pendant six mois ! Pour une secrétaire qui travaille à mi-temps, ça empiète sur 20% de son temps de travail puisque ça bloque une demi-journée par semaine qu’elle devra sans doute compenser en dehors de ses heures de travail ! Le pire, c’est que les personnes concernées ont été averties seulement un mois à l’avance de cette formation si lourde en termes d’horaires.

Si elle est inutile, c’est qu’elle ne répond pas du tout aux besoins réels de la plupart des gens, puisque les logiciels inclus dans la formation (Outlook, Access, etc.) ne sont pas forcément ceux qui sont installés sur nos ordinateurs. Lorsqu’on demande de recevoir une formation sur l’usage d’un programme dont nous avons réellement besoin au jour le jour, la réponse donnée est qu’il n’est pas inclus dans le « package ». Pour des programmes comme Word et Excel c’est un peu différent, parce que la plupart du personnel les utilise. Mais pourquoi est-ce que personne ne s’est demandé si on avait vraiment besoin d’être formé à leur utilisation (souvent hyper-poussée) avant de nous y envoyer obligatoirement toutes les semaines pendant six mois ?

Si elle est inutile, c’est aussi qu’au niveau pédagogique c’est le néant. En réalité personne ne la donne cette formation : vous vous retrouvez tout seul devant son ordinateur avec un casque sur les oreilles qui vous bombarde d’instructions, et le système qui vous dit si vous avez fait juste ou faux. Nos résultats personnels sont contrôlés à distance. Il y a des moments où on ne sait plus s’il faut rire ou pleurer, comme quand le système vous enseigne comment cliquer sur une icône du bureau pour ouvrir un programme, ou même comment formater une disquette 3,5 pouces. On ne les utilise plus depuis bientôt dix ans ces satanées disquettes ! J’ai vu plus innovant comme formation. On a vraiment l’impression que Microsoft nous a fourgué un cours des années 90.

L’Université de Genève s’est-elle vendue à Microsoft ?

Et pourquoi seulement des logiciels Microsoft ? Est-ce qu’apprendre les « compétences de base en informatique », c’est seulement apprendre à utiliser les produits d’une certaine marque ? Si c’est une formation spécifique pour Microsoft, pourquoi ne pas le mentionner clairement, plutôt que de nous diriger vers une plate-forme qui s’appelle « MEDIAplus » (qui ne fonctionne que sur Internet Explorer) et de nous donner un certificat « ECDL » plutôt qu’un certificat Microsoft ? Cette entreprise a-t-elle quelque chose à cacher ? L’Université a-t-elle honte d’avouer qu’elle oblige ses membres à suivre une formation exclusive Microsoft ? D’ailleurs il y a des années que les informaticiens de l’uni nous déconseillent d’installer Internet Explorer, Outlook ou Access et nous recommandent plutôt Thunderbird, Firefox, Filemaker, etc. Et puis à quoi sert une formation obligatoire à Windows quand on fonctionne sur Mac ? En fait cette formation ressemble surtout à un gros coup de pub pour Microsoft. Et si vous avez le malheur de dire que cette formation est inutile, on vous répond que vous avez de la chance parce qu’ailleurs le même cours coûte 2’000 francs et qu’ici on l’a pour 400 francs par personne. Si 100 personnes suivent ces cours (c’est une estimation), ça veut dire que l’Université paye environ 40’000 francs pour une formation minable. Suis-je la seule à trouver ça scandaleux et à penser qu’on nous prend pour des imbéciles ?

Ce n’est pas tout. Pour suivre cette formation, on est obligé de se rendre à une heure fixe dans une salle déterminée. Pourtant on nous a donné le programme pour qu’on puisse l’installer sur notre ordinateur au bureau et à la maison. On nous demande d’être de plus en plus flexibles, mais là on nous bloque complètement notre temps alors qu’on pourrait parfaitement s’autoformer avec ce programme quand on en a le temps et quand on le juge utile. Quand on fait remarquer ça, on nous répond : « c’est pour vous protéger ». De quoi donc ? Et bien c’est pour nous protéger de la distraction de notre entourage de travail, pour pas qu’on nous dérange pendant qu’on se forme. Forcément, tout est toujours pour notre bien ! Nos supérieurs hiérarchiques ont même dû signer un papier comme quoi ils acceptaient de nous « libérer » pour cette formation. C’est ça qu’ils appellent la libération maintenant ! En fait il nous ont libérés pour qu’on puisse subir passivement l’influence de Microsoft. Et même si la formation nous est inutile, on nous dit que ça nous sera utile à la maison, pour nos enfants, pour notre cv, etc. Est-ce qu’ils s’attendent encore qu’on aille faire de la pub pour Microsoft partout autour de nous ?

Je me souviens de la petite phrase du PDG de TF1 quand il disait que la fonction de sa chaîne était de vendre du temps de cerveau disponible aux annonceurs entre deux messages publicitaires. Si vous ne voyez pas la ressemblance, moi oui. Cette formation, c’est comme si l’Université nous obligeait a rester assis devant le poste de télévision à regarder les publicités au milieu d’un film, et contrôlait à distance qu’on les regarde bien et qu’on a retenu ce qu’on y a vu. Sauf qu’ici c’est l’Université et pas l’annonceur qui doit payer !

Il y a quelques mois, un article dans le Temps expliquait que Microsoft a engagé 8 étudiants suisses, à 20%, pour convaincre leurs camarades et professeurs d’utiliser des produits Microsoft. Pour un salaire de 850 francs par mois, avec en plus un ordinateur, des logiciels et un téléphone portable à disposition. Pour Microsoft, le but de l’opération était de convertir les nombreuses personnes à l’Université qui sont récalcitrantes à l’usage de ses logiciels. Ceci bien sûr pour regagner du terrain sur ses concurrents commerciaux et pour freiner l’expansion des logiciels libres et gratuits. C’est la même chose qui se passe maintenant pour le personnel de l’Université de Genève, mais cette fois-ci avec la complicité de l’Université elle-même qui oblige son personnel à subir cela tout en finançant la campagne publictaire de l’homme le plus riche du monde. On n’arrête pas le progrès…

 

[Un autre article traite également de la
formation ECDL en Faculté des Lettres.
]