"L’Unige ne va pas bien" : Quelques points à débattre ?
30 novembre 2009
C’est peut-être la fameuse crise de la quatre-cent-cinquantaine, mais l’Université de Genève ne va pas bien. Malgré son bon positionnement dans des classements discutables, le malaise règne chez les étudiantEs comme chez les professeurEs.
Maintenant que la grande fête médiatique tire à sa fin, peut-être serait-il bon de s’attaquer sérieusement aux nombreux problèmes de l’UNIGE. Voilà quelques points, jetés en vrac, pour lancer un débat qui doit avoir lieu.
1. Selon la presse de l’époque, les taxes ont été introduites à la fin des années 1990 pour améliorer l’encadrement des étudiantEs. Cette promesse n’a pas été tenue pour l’ensemble des étudiantEs. Alors que la médecine reçoit des millions pour l’encadrement des étudiantEs de premier cycle – un encadrement qui est déjà pris en main par la faculté des sciences – en SES les étudiantEs s’entassent dans des auditoires trop petits pour leur nombre et suivent des séminaire à 200. Ces mêmes étudiantEs doivent faire la queue pour obtenir des réponses à leurs questions auprès d’une conseillèrE aux études. Quand l’idée de consulter une conseillèrE aux études s’apparente à un cauchemar, c’est que quelque chose ne va pas.
2. Certains bâtiments de notre université sont simplement indignes d’une université de rang mondial. Aux Bastions, rien n’a vraiment changé depuis les années 1970. Le rectorat s’ingénie à rendre l’atmosphère encore plus oppressante dans le hall central en l’assombrissant et en y installant des projecteurs vidéos ou des stands qui rendent cet espace toujours moins convivial. Il n’est pas besoin de parler des anciennes Écoles de chimie et de médecine dont l’état est tel qu’il est simplement insultant d’y suivre un cours. Certains départements sont relégués dans des locaux provisoires depuis des décennies et les professeurs et assistants s’entassent à trois dans des bureaux minuscules.
3. En parallèle, des millions sont injectés dans un service de communication incompétent. La trentaine de collaborateurEs chargéEs de la communication monopolisent un étage entier d’Uni Dufour, pour quels résultats ? Si la communication avec l’extérieur existe ; elle est effroyablement mal gérée. Les cafouillages autour du récent lancement de la Maison de l’Histoire en sont un exemple. En outre, il n’existe tout simplement aucune forme de communication concertée vis-à-vis des étudiantEs. Alors que l’Université dépense beaucoup d’argent et d’énergie à se vendre aux collégiens, elle semble oublier qu’elle compte des dizaines de milliers d’étudiants actifs qui sont extrêmement mal informés sur la vie de leur université.
4. Cet état de fait est certainement lié au grand secret dans lequel les décisions sont prises. Du passage à 90 crédits pour la maîtrise en Lettres jusqu’aux récentes modifications et suppressions de départements en SES, les étudiantEs sont uniquement informés après coup – et très mal – plutôt que d’être consultées d’une quelconque manière. Les professeurs perçoivent la volonté des étudiantEs d’être mieux représentées dans les procédures de décision comme des provocations. Le dédain avec lequel les étudiantEs ont été traitées lors des récentes réformes de leur cursus n’est-il pas la plus grave des provocations ?
5. Le dédain vis-à-vis des étudiantEs est encore plus large. Ainsi, il y a une totale absence de lieux de vie étudiants à l’UNIGE. Les Universités au niveau desquelles Genève prétend s’élever possèdent toutes des lieux de vie et de débat étudiant. Que cela soit de véritables logements universitaires ou des espaces de rencontre autogérés. À Genève, les associations étudiantes et les bureaux de la CUAE/CGTF/CIGUE ont été relégués loin des bâtiments centraux dans des cabines préfabriquées. La Datcha se meurt tranquillement sous les pétitions de ses voisins. Les cafétérias pratiquent une politique de prix prohibitifs. Le simple café se paie 2.20 CHF pour l’étudiant de l’UNIGE alors qu’à l’UNIL, il coute 1.60 CHF. Cela serait un moindre problème si les étudiantEs avaient accès à un lieu où elles pouvaient faire la cuisine, à une cafétéria autogérée, ou à plus de 2 microondes. Au moment où le rectorat se fait construire sa propre cafétéria à Uni Dufour, il est nécessaire que les étudiantEs obtiennent des lieux de rencontre autogérés et proportionnels à leur nombre.
6. La liberté académique ne se limite pas aux seuls professeurEs. Les étudiantEs y ont aussi droit et celle-ci est attaquée. L’instrument de cette attaque est la liste de présence, technique de contrôle et d’infantilisation des étudiantEs qui est aussi discriminatoire vis-à-vis des étudiantEs qui travaillent. La liste de présence permet d’éviter la question de la qualité de certains enseignements et dans certains cas sert d’outil de flicage pour savoir si les étudiantEs étrangèrEs sous visa suivent réellement des études.
7. Le système de bourse ne marche pas. Selon les personnes concernées, tout l’argent pour les bourses n’est pas utilisé car il n’y a pas assez de monde qui en fait la demande. Les critères qui fixent le droit à une bourse doivent être revus.
8. Un point qui fait probablement l’unanimité concerne la question du calendrier académique. Celui-ci est une absurdité sans nom qui ne comporte que des désavantages pour les étudiantEs et les professeurEs. 14 semaines de travail sans pause au premier semestre. Des vacances d’été raccourcies qui empêchent les étudiantEs de travailler et les enseignantEs-chercheurEs de mener leurs recherches.
9. Comment se fait-il que le service financier puisse perdre des millions en bourse et que tout débat soit esquivé ou passé sous silence ? L’Université n’est pas une entreprise capitaliste ; ses avoirs n’ont pas leur place sur les bourses mondiales. Les professeurEs prétendent qu’ils sont tous opposés à la marchandisation de l’éducation, pourtant celle-ci est clairement déjà en marche sans que l’on entende de leur part une réelle opposition aux dérives en cours.
Cette liste n’est pas définitive ; elle a été montée en 30 minutes. Elle est simplement là pour souligner l’impératif d’un débat urgent à l’intérieur de cette université visant à dégager les multiples dysfonctionnements et dérives de l’institution.
