La boue, le sang, les pertes en bourse et les journalistes
26 octobre 2009
Dans les mines et dans les usines, on exécute les ordres de l’état-major général ; les journaux ne publient que ce qui plaît au grand état-major ; on prêche dans les églises comme le veulent ces brigands galonnés ; dessinateurs, poètes, chansonniers se soumettent à leur censure ; on invente les machines, les canons, les munitions, les gaz dont l’état-major a besoin. Ainsi, toute la vie est « militarisée » pour assurer à la bourgeoisie ses profits souillés de boue et de sang. [1]
Récemment on apprenait que l’université de Lausanne (UNIL) avait perdu plus de 21 millions en bourse. La cour des comptes du canton de Vaud l’a révélé dans un de ses rapports. Heureusement, la direction (là-bas ils n’appellent plus ça rectorat) précisait : oui, l’UNIL a perdu de l’argent mais le rendement de son portefeuille est supérieur à celui de l’État.
Qu’en est-il à l’université de Genève (UNIGE) ? La tribune de Genève qui a relayé l’information sur les pertes de l’UNIL aurait pu se poser la question. Mais cela aurait demandé aux journalistes un minimum de curiosité et d’indépendance d’esprit. Apparemment trop difficile quand on est habitué à occuper le rôle de laquais, à lécher la main qui nous nourrit et à « publier ce qui plaît au grand état-major ». Car cette feuille de chou est passée à côté de la perte en bourse de l’UNIGE ou a délibérément jugé qu’il ne s’agissait pas d’une information digne d’être publiée.
En effet, lors de la première assemblée de l’université, quelqu’un a demandé des précisions sur la perte de 46 millions de l’UNIGE inscrite dans le rapport de gestion 2008 de l’université (que nous réserve 2009 ?) [2] Mais pas de quoi paniquer, cela dépend des normes comptables, 46 millions pour certaines seulement 16 millions pour d’autres. De plus on apprend à la lecture du procès-verbal que « la cour des comptes a examiné la gestion de l’Université. Sa conclusion est que les comptes sont mieux gérés à l’Université qu’à l’État. » (p.7 du procès-verbal consultable auprès du secrétariat de l’assemblée de l’université). Nous voilà rassurés. Comme pour l’UNIL, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, l’UNIGE perd des sous mais fait mieux que l’État.
La perte étant toutefois plus de deux fois plus grande qu’à l’UNIL on peut légitimement se demander pourquoi il n’a été fait nulle part mention de cette perte dans la presse ? Mais surtout, souhaitons-nous vraiment que l’UNIGE place des fonds en bourse où les dividendes obtenus ne sont que le fruit de l’expropriation de la production des travailleuses et des travailleurs ?
[1] Boukharine N.I., L’ABC du communisme, 1923
[2] Ne pouvant contacter la personne pour lui demander si elle autorisait la mention de son nom sans perdre l’anonymat, je renonce à la nommer. Je présente mes excuses par avance pour les éventuels dommages que pourrait occasionner la publication d’un tel article pour la personne concernée.
