Master en Trading : comment l’entreprise se glisse dans l’Université
2 novembre 2008
Dès la rentrée 2008 la Faculté SES propose un Master en Trading qui a comme particularité d’allier études et travail en entreprise. 16 étudiants ont démarré la formation en septembre de cette année selon les dires du doyen de SES (Tribune de Genève du 19.9.2008). La formation prévoit que 50 à 70% du temps d’études se passe au travail dans l’une des entreprises partenaires et que le reste du temps les étudiants suivent des cours à l’Université. Il ne s’agit pas ici de formation continue, payante, mais d’un Master qui mêle de manière étrange l’engagement dans une entreprise partenaire avec les critères académiques qui devraient présider à l’admission des étudiants et étudiantes aux Masters. En effet, sans place dans l’entreprise, point d’études de Trading ce qui revient à subordonner les critères académiques aux critères d’engagement du personnel dans une entreprise.
Une promenade sur le site du Master nous informe que les entreprises payeront un salaire aux étudiant-e-s pour le temps de travail qu’ils-elle accompliront chez eux et que, pour ce qui est de la formation universitaire, les taxes sont fixées par la loi genevoise, soit 500 francs par semestre. Ainsi le contribuable genevois qui paye le corps professoral et autres frais de l’Université de Genève participe financièrement à la formation des employés d’un ensemble d’entreprises faisant partie de la Geneva Trading and Shipping Association (GTSA). Le Comité Scientifique du Master est bien entendu composé d’un mélange bien dosé de professeurs de l’Université de Genève et de représentants d’entreprises telles que le Crédit Suisse, Cargill, Allseeds Management SA etc.
On ne comprend pas comment ce montage a passé la rampe des nombreuses instances qui doivent donner leur aval aux nouveaux programmes de Master sans que cette question ne soit mise sur la table, mais désormais l’Université est déjà, dans l’esprit de ses dirigeants, dans l’ère de la nouvelle loi (votation sur le référendum le 30 novembre prochain !) et ceux et celles qui posent des questions gênantes sur l’entrée de l’entreprise privée dans l’Université se voient ravalés au rang de dinosaures pré-mondialisés voire à celui de gauchistes invétérés.
