Pourquoi nous ne siégeons plus à l’assemblée de l’uni

24 mai 2010

« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. »

Bertolt Brecht

Les étudiant-e-s membres de l’assemblée de l’université ont décidé de ne pas participer à la séance du 12 mai. Parce que la dégradation des conditions de travail dans l’assemblée est telle que nous ne voyons plus le sens de continuer à y siéger. Parce que les efforts à fournir – toujours par les mêmes semble-t-il – pour assurer un déroulement acceptable des séances nous semblent disproportionnés au vu des résultats obtenus. Parce que les étudiant-e-s ne veulent pas être l’alibi participatif d’une façade démocratique. Et parce qu’accepter sans broncher les petites humiliations et les basses manœuvres ne sera jamais un moyen de les faire cesser.

Voir un étudiant subir un discours infantilisant à propos du ton de ses interventions est intolérable ; voir un professeur demander la démission d’un autre étudiant, membre du bureau et choisi par ses pair-e-s est tout aussi inacceptable. Nous n’avons que faire des bons-conseils-des-grandes-personnes-qui-savent-ce-qui-est-bon-pour-nous. Le masque du paternalisme bonhomme cache mal l’incapacité du corps professoral à remettre en question sa position de caste dirigeante autoproclamée confondant les intérêts de l’université avec la défense de ses privilèges.

Il peut même arriver qu’un professeur ait si bonne opinion de lui-même qu’il en vienne à penser qu’il puisse prendre seul les décisions les plus importantes et choisir le représentant d’un autre corps à l’assemblée. Suite à la démission forcée d’un assistant [1], le président a cru bon de le remplacer par un perdant de l’élection à l’assemblée. Contre l’avis du bureau. Contre les précédentes décisions de l’assemblée [2]. Contre tout bon sens. Et même – tout arrive – au grand étonnement du rectorat, qui n’aura jamais osé pousser la farce aussi loin.

Aucune décision n’a été prise concernant un éventuel retour de notre part à l’assemblée. Il est cependant certain que notre absence est pour l’instant le seul moyen de garder notre dignité. Cette dignité, celles et ceux qui manipulent les instruments « démocratiques », qui traitent les étudiant-e-s en parias, ou qui acceptent de siéger sans légitimité autre que le bon plaisir de la hiérarchie l’ont perdue.

« L’université n’est pas le lieu de la démocratie, mais celui de la méritocratie » nous disait doctement un éminent membre du corps professoral. Dont acte. Vous aurez ce que vous méritez.

Les étudiant-e-s membres de l’assemblée de l’université

[1] Petite piqûre de rappel : les contrats précaires pour le corps intermédiaire sont une réalité concrète. Un assistant qui a vu son contrat non renouvelé a été forcé de démissionner de l’assemblée.

[2] Les étudiantes démissionnaires ont été remplacées par cooptation par les étudiant-e-s membres de l’assemblée.