Projet de Règlement du personnel : on va boire la tasse

2 novembre 2008

Dans les colonnes du Journal de l’Université, sous la rubrique « débat » (sic) la vice-rectrice défend le projet de règlement du personnel en affirmant qu’il « apporte des clarifications salutaires sur le statut des collaborateurs, leurs modes d’engagement et de rémunération » : lesquelles ? On ne le saura pas tout au long de l’interview. A ma connaissance tout est parfaitement clair actuellement quant au statut, au mode d’engagement et aux rémunérations.

A la question de savoir quelles améliorations apporte le nouveau règlement, la vice-rectrice évoque la lourdeur des procédures qu’elle impute, un peu vite, au DIP. Pour avoir passé pas mal d’années dans la maison et avoir suivi nombre de nominations, les lourdeurs des procédures proviennent en général des bagarres que déclenche la rareté des postes fixes à l’Université et la convoitise que ces postes soulèvent. C’est une loi économique il paraît (la loi de la rareté). Donc petites et grandes bagarres dans les commissions de structure, de nomination, retenue de postes pour des raisons budgétaires etc. ralentissent les nominations mais sûrement pas l’intervention du DIP qui, lui, se contente pratiquement toujours d’entériner les choix de l’Université sans poser de questions.

Le deuxième avantage significatif du nouveau règlement serait celui de rapprocher l’employeur et l’employé lors de problèmes éventuels. Si j’en juge par les personnes qui ont eu à faire face à des conflits de travail dans la maison, je crois qu’une grande partie d’entre elles préfèrent se tenir loin du Rectorat tant la défense systématique de la hiérarchie est la règle d’or même quand ses comportements heurtent profondément le respect de la personne et du subordonné pourtant clamés dans la Charte Ethique de l’Université ou dans les tous premiers articles du Règlement du personnel futur. On aimerait en revanche que le DIP prenne plus à coeur les problèmes de conflit de travail qui sont légion à l’Université : mais M. Beer veut désormais s’en laver les mains. Notre Ponce Pilate socialiste, formé dans le syndicalisme (sic), considère que des personnes qui sont juges et partie dans des conflits sauront régler au mieux ces petits différends ! Merci. Encore un exemple du fait que le mot "socialiste" n’a plus aucune signification dans la République et Canton de Genève.

Quant à la commission paritaire que promet la vice-rectrice à la fin de son interview, on ne sait pas si elle verra le jour, mais si tel est le cas, il faudra qu’elle ait un pouvoir décisionnel car, sans cela, elle ne fera que s’ajouter aux nombreuses instances consultatives prévues dans la nouvelle loi pour donner un vernis participatif et démocratique à une véritable politique du personnel encore plus précarisante.

La réalité de ce nouveau rapport entre l’Université et ses employés sera beaucoup moins idyllique que ne veut bien le dire la vice-rectrice. Un seul exemple illustrera cette redoutable reprise en main par le haut.

Au Chapitre V du projet de règlement, l’Article 131 règle les conditions de renouvellement des mandats du corps intermédiaire :

Leur renouvellement est déterminé par (entre autres) :

a) Les besoins de l’UPER [unité principale d’enseignement et de recherche] ou de l’UER découlant d’un plan d’études et par les disponibilités budgétaires

Or cette invocation des disponibilités budgétaires ouvre la porte à toutes sortes de licenciements sous prétexte de problèmes financiers invérifiables pour le pauvre péquin sur qui cela tombera. Comme le budget est connu et concocté par les professeurs, les Décanats et le Rectorat uniquement, il n’y aura aucune possibilité de vérifier le bien fondé du refus de renouvellement pour des raisons budgétaires. Voilà comment on s’ouvre des boulevards avec une petite phrase dans un règlement qui ne sera soumis à l’approbation d’aucune instance participative car selon la nouvelle loi il est préparé par le Rectorat et adopté par le Conseil d’Etat.