Qui a vu Pierre Weiss ?
16 juin 2009
Pour les personnes qui ne connaissent pas Pierre Weiss, rappelons tout d’abord qu’il s’agit d’un député au Grand Conseil genevois, sociologue à ses heures, qui s’illustre fréquemment par sa critique sans concession des « profiteurs » de la fonction publique et autres « abuseurs » de l’Etat social. Il est en outre membre de la Commission de l’enseignement supérieur, qui a eu notamment pour tâche de se pencher sur les irrégularités qui avaient entaché la réputation de l’Université de Genève il y a trois ans. Parmi d’autres, il s’était réjoui de la levée de l’interdiction faite aux fonctionnaires d’accéder à la députation, ce qui lui avait enfin permis de siéger au parlement sans devoir renoncer à sa fonction d’enseignant à l’Université.
Mais où est donc passé Pierre Weiss ? On le voit beaucoup moins souvent qu’auparavant dans les couloirs d’Uni Mail. Voici plusieurs années qu’il ne dispense plus son cours de sociologie du travail, tout en demeurant pourtant au bénéfice d’une charge de cours. Selon un document rendu public par le rectorat et présentant les taux d’activité des collaborateurs de l’Université, il s’agit d’un emploi à 25%. Actuellement, cela semble se justifier par l’implication de M. Weiss dans le Certificat de perfectionnement en politique sociale, où il co-anime un module de deux jours par an. A première vue, pour un salaire d’environ 25’000 francs par année, cela semble bien maigre. Nous avons donc poursuivi l’investigation.
Il se trouve que Pierre Weiss est aussi membre de la direction de cette formation continue, comme l’indique le site internet du département de sociologie où il est gratifié au passage d’un titre de professeur. Certains s’entre-tueraient pour moins que ça... Mauvaise blague mise à part, cette fonction de direction pourrait donc expliquer le maintien de sa charge de cours. Toutefois, on peut constater que parmi les autres membres de cette même direction, il y a une personne qui bénéficie également d’une charge de cours de 25%, qui co-anime elle aussi un module de deux jours par an, mais qui en plus de cela dispense un cours semestriel de 2 heures hebdomadaires. En toute rigueur, cela signifie donc que M. Weiss doit être un membre particulièrement actif de la direction de la formation continue, ou alors qu’il doit encadrer un grand nombre de mémoires, ou encore qu’il s’implique fortement dans des tâches d’organisation telles que le collage des timbres ou le service du café durant les pauses. Ou peut-être fournit-il des services d’un autre type ?
Cela fait certes beaucoup de questions, et malheureusement peu de réponses pour résoudre notre énigme. Qu’on comprenne bien : il ne s’agit pas ici de chercher la petite bête ; du moins pas davantage que lorsqu’il s’est agi de trouver dans l’Université la moindre « irrégularité » pouvant justifier une réforme légale que Pierre Weiss et tant d’autres appelaient de leurs voeux. Non, il s’agit simplement de s’assurer que chacun à l’Université soit logé à la même enseigne : homme ou femme, beau ou laid, député ou amputé. Dans tous les cas, au vu du peu d’informations dont nous disposons ici, rien ne permet de conclure à un emploi fictif. Un tel soupçon serait d’ailleurs parfaitement mal placé à l’égard d’une personne qui compte à son actif des prises de position aussi sévères que celle qui suit au sujet des tricheurs de toutes sortes qui cherchent à passer entre les gouttes :
« Triche aux examens, plagiat de textes tel Attali ou son nègre copiant Jünger, imposture sur les titres universitaires ou la carrière professionnelle, tous ces comportements suscitent l’opprobre. Pourquoi ? Certainement pas parce que tous ces resquilleurs nuisent davantage à eux-mêmes qu’aux autres. Mais bien plutôt parce qu’ils ne respectent pas la règle du jeu communément acceptée. A l’école, l’effort intellectuel. Face à une page ou un écran blanc, l’imagination fécondante. Pour une carrière associative ou en entreprise, la concurrence non biaisée des talents.
Au fond, en méprisant la rationalité des valeurs, chère à Max Weber, qui nous anime tout autant que la rationalité instrumentale, celle du calcul coût-avantage, les tricheurs reçoivent la monnaie de leur pièce : un mépris à l’aune de leurs méfaits qui les transforme en non-personnes. » [1]
Face à un tel gage de probité, à un si vibrant plaidoyer en faveur de la méritocratie, il ne nous reste plus qu’à nous en remettre à M. Weiss lui-même pour qu’il nous aide à progresser dans la résolution de l’énigme…
