Révolte étudiante à Genève
19 novembre 2009
« Bologne : je cogne ! » (sagesse populaire)
Mardi 17 novembre 2009, une importante mobilisation étudiante a eu lieu à Genève. En effet, 350 étudiantes [1] se sont rassemblées sur le parvis d’Uni Mail, avant de défiler dans la rue sur un parcours englobant les principaux bâtiments universitaires et l’Hôtel de Ville. Cette manifestation répondait à l’appel du mouvement Education is not for $A£€ de Genève à l’occasion de la journée internationale de mobilisation et en solidarité avec les étudiantes occupant leur université en Autriche, en Allemagne, en Suisse et partout dans le monde.
La réforme de Bologne a consacré une université aux service de l’économie privée capitaliste. Sous couvert d’autonomie, on assiste à l’ouverture de filières au contenu académique inexistant, mais répondant précisément à un besoin exprimé par le patronat (ou éventuellement l’État à son service...). Genève ne fait pas exception : on sacrifie les sciences sociales (aujourd’hui l’histoire économique et sociale et les études genre, qui suivra demain ?), en promouvant dans le même temps un « master in international trading, commodity finance and shipping » [2] ou un certificat de formation continue en sécurité urbaine. L’autonomie permet à l’université de ne pas remplir sa mission de recherche et d’enseignement indépendants, et de servir ses nouveaux maîtres avec empressement, sans les « lourdeurs » administratives du contrôle démocratique. Ce contexte permet de comprendre pourquoi il était si important que l’Assemblée de l’Université perde tout contrôle sur la création ou la suppression de filières d’études lors de l’introduction de la nouvelle loi sur l’université [3]. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, et ceux qui pensent qu’il existe une culture démocratique chez les mandarins de l’université en sont pour leurs frais.
Cette machine destinée à produire des savoirs au service des classes dominantes nécessite évidemment des étudiantes à sa mesure. La formation n’est pas un droit, elle est un privilège qui se paie cher. Les projets pour augmenter les taxes d’études ne manquent pas, le système de bourses est maintenu dans un état d’inefficacité consternant, et plus de 80 % des étudiantes travaillent en parallèle à leurs études, malgré des emplois du temps surchargés [4]. Cette précarisation croissante nourrit le sentiment de révolte des étudiantes, qui ont décidé de ne plus se laisser faire !
Aujourd’hui, des dizaines d’universités sont occupées dans le vaste monde. Bâle, Berne et Zurich ont rejoint le mouvement, il ne tient qu’à nous que Genève le rejoigne demain. Les étudiantes sont déterminées, et désormais unies pour revendiquer un véritable droit à la formation, une université gratuite et démocratique, des conditions de vie et d’étude décentes. Après le succès de la manifestation de mardi dernier, il importe de continuer la lutte contre une université au service du capital que veulent nous imposer les autorités universitaires et politiques, contre la privatisation et la marchandisation de l’éducation.
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE MARDI 24 NOVEMBRE À 18H30
devant les marches dans le hall d’Uni Mail
RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION JEUDI 26 NOVEMBRE À 12H00
devant les marches dans le hall d’Uni Mail
[1] Les termes au féminin se comprennent bien entendu aussi au masculin.
[2] Autrement dit un master en spéculation, mais ça faisait moins joli comme intitulé, même avant la crise mondiale.
[3] Contrôle dont elle n’usait du reste que parcimonieusement, mais qui nous a par exemple épargné le master en journalisme, à l’occasion d’une des séances les plus cocasses de la décennie.
[4] La scolarisation des enseignements (augmentation des heures de cours, contrôle des présences, etc.) est également une conséquence des réformes de Bologne.
