The Wonder Woman Strategy : carrières féminines et marketing

31 mars 2009

La stratégie du Rectorat en matière de "promotion des carrières féminines" illustre de manière magistrale la manière dont on peut re-créer des discriminations tout en claironnant sur tous les tons que l’on veut lutter contre.

Tout d’abord l’adjectif "féminines" accolé à l’idée de carrière est mal choisi car, si discrimination il y a, c’est envers les femmes (qu’elles soient féminines ou non). On pourrait même penser qu’être féminine serait plutôt un atout pour la carrière d’une femme selon la discipline qu’elle a choisi. Les hommes féminins par contre auraient plus de mal à s’imposer alors que les femmes masculines seraient peut-être enclines à choisir certains domaines dans lesquels leur "masculinité" passe mieux. Mais rassurons-nous le modèle qui a le plus de chances de s’imposer c’est encore celui de l’homme, masculin (voire viril) ou éventuellement celui du nouveau père, blanc, hétérosexuel et bourgeois (voire BOBO).

Le dernier exemple de cette croisade pour l’excellence féminine s’est illustré par l’invitation de Claudie Haigneré, seule et unique spationaute française, dans le cadre des festivités pour le 450ème anniversaire de l’Alma mater. Le titre de la conférence "Regard d’une femme sur la planète" ne laissait présager rien de bon (pourquoi pas le regard d’un-e handicapé-e, d’un-e homosexuel-le ou d’un singe Bonobo sur la planète) ? Faire des femmes un groupe à part est l’une des stratégies d’exclusion les plus connues. La forme ne fut pas moins surprenante, avec une "causerie sur tabouret" digne des dimanches de Jacques Martin, entre "madame carrières féminines" de l’Université (la voix de son maître) et la spationaute. Aurait-on choisi cette forme si on avait invité un homme ?

La "Wonder Woman Strategy" (WWS) du Rectorat s’exprime avec de plus en plus de conviction et de pugnacité de manière à faire passer un certain nombre d’idées qui permettent tout à la fois de préserver la réputation des professeurs, de cacher les processus de discrimination qui ont œuvré depuis des décennies, de culpabiliser les femmes et de leur rendre la vie plus difficile en créant de nouvelles règles du jeu uniquement pour elles auxquelles elles devront se conformer.

En résumé voici les sous-titres nécessaires à la compréhension de WWS. On fait croire que s’il y a si peu de femmes qui ont atteint le "Saint Graal" (comprenez le titre de professeure) c’est à cause du fait qu’elles ne sont pas (pas encore) excellentes et exceptionnelles ; sous-entendant par là que les hommes (et les quelques femmes) qui sont professeurs sont tous excellents. On va donc intimer aux femmes qui veulent atteindre le "Saint Graal" d’entreprendre le long chemin initiatique qui va les porter au sommet en leur servant de l’excellence à la louche soit sous forme de "bourses d’excellence" soit sous forme de modèles de Wonder Woman à imiter. Aucun programme ni slogan n’est prévu pour encourager l’excellence des hommes car comme tout le monde le sait ils sont déjà excellents sans quoi ils ne seraient pas devenus professeurs. En effet, tout était merveilleux dans le "monde enchanté de la méritocratie académique masculine" qui caractérisait la vie à l’Université de Genève avant que le communautarisme ne vienne désenchanter le monde (attention !!! pour l’instant ce sont les femmes mais rien n’empêche d’autres communautarismes de s’exprimer dans les prochaines décennies. Les noir-e-s, les homos ou d’autres sous-catégories pourraient demander à bénéficier de programmes d’excellence spécialement conçus pour eux).

Toutes mes amitiés et ma solidarité à Mme Haigneré qui, si j’en crois les nombreuses entrées sur Google, aurait tenté de mettre fin à ses jours en décembre 2008 .... et oui c’est dur d’être toujours une Wonder Woman au pays de l’excellence ! Courage Claudie les femmes ordinaires sont avec toi !

 

Pour en savoir plus :

http://www.youtube.com/watch ?v=M_blOQEu9ws http://www.youtube.com/watch ?v=uNxctF0-BW8