Universitaires, au repos !
8 mars 2009
Dans un monde juste, le progrès des sciences et l’extension du domaine de la connaissance conduisent à repousser toujours plus loin, et pour tous, les contraintes de l’environnement matériel et social. Les innovations scientifiques et techniques y ont pour seul horizon souhaitable la conquête du bonheur collectif et individuel.
Travailler toujours moins, s’épanouir, cultiver les plaisirs hédonistes du corps, s’émanciper par la connaissance : voilà ce à quoi aurait pu conduire l’effort que nous déployons depuis plusieurs siècles pour mieux comprendre et expliquer le monde dans lequel nous vivons. Un seul dixième de l’incroyable énergie déployée pour ce faire aurait pu suffire à assurer un monde meilleur pour tous et une plus juste répartition des corvées nécessaires au bien commun.
Au lieu de cela, le travail devient aujourd’hui la valeur centrale d’une société toujours plus inégalitaire. Il devient aussi l’objectif premier des étudiants universitaires qui, plutôt que de chercher à connaître le monde et à se connaître eux-mêmes, souhaitent plus que tout trouver un travail qui, le plus souvent, sera source de fatigue, de frustrations, de stress, bref, de malheur. Avant même de faire leur première entrée à l’université, ils se voient distribuer des tracts estampillés des logos de grandes firmes multinationales les exhortant à préparer leur avenir laborieux, à célébrer les puissants, à savoir « se vendre » auprès d’eux, à apprendre à rédiger un « cv », autant de gages d’une future déférence vis-à-vis des pouvoirs de toutes sortes.
Dans cette campagne de recrutement qui a pris une dimension mondiale, les corps des étudiants, et avec eux tous les désirs et les plaisirs dont ils sont potentiellement porteurs, se trouvent réduits à des « cerveaux » formatés pour être « mobilisables » selon les besoins de la productivité académique et économique. Sous l’effet de ces réducteurs de têtes modernes, les étudiants, devenus de la « matière grise », se transforment peu à peu en de misérables caporaux du capitalisme, tout entiers voués à une course éperdue pour occuper les postes de pouvoir que les entreprises et les arènes politiques réservent à quelques uns d’entre eux, mais refuseront au plus grand nombre. Dans ce que certains ont le culot d’appeler la « société de la connaissance », ils en sont venus à confondre leur propre aspiration au bonheur avec les ambitions impérialistes de quelques uns.
Pendant ce temps les enseignants, minables sous-lieutenants tout occupés à « doper leurs carrières » quitte à produire n’importe quoi, n’ont pour tâche que de remplir le « temps de cerveau disponible » des étudiants que l’université a désormais pour mission d’aménager pour le compte des entreprises. Dans cette grande messe où « nos » autorités académiques n’ont cesse de célébrer la « croissance » et la « compétition », nous en sommes venus à admirer les puissants que le bon sens devrait nous conduire à mépriser.
Parce que le temps libre et improductif est la première condition du questionnement, de la réflexion, de l’analyse et de la critique :

