Volonté de dialogue et État policier

14 décembre 2009

Se proclamant « ouvert au dialogue », le rectorat a néanmoins procédé lundi 30 novembre à l’évacuation de l’auditoire R080, occupé depuis le jeudi précédent par le mouvement « Education is not for $A£€ ». À six heures du matin, les soudards du service de sécurité débarquent accompagnés d’un vice-recteur et engagent « le dialogue » à grand renfort de menaces, en particulier celle d’une intervention de la police. Ce faisant, le rectorat trahit sa parole, donnée le vendredi au soir, de ne pas procéder à une évacuation, sauf en cas de violences ou de déprédations.

Il montre surtout que la condition nécessaire pour que le dialogue dont il fait la promotion puisse s’engager est celle d’un pur rapport de force, avec pour conséquence que lorsque celui-ci est en faveur du rectorat, ce dernier en revient sans sourciller aux bonnes vieilles méthodes policières. Il apporte ainsi a posteriori une légitimité supplémentaire à l’occupation de ces locaux, et à toute autre action que les étudiantes [1] pourraient estimer nécessaire afin de faire entendre leurs revendications.

Enfin, le rectorat a poussé la duplicité à son comble en profitant de l’évacuation de l’auditoire R080 pour faire photographier de manière systématique les étudiantes qui sortaient de la salle, ainsi que celles qui protestaient contre cette mesure d’intimidation. Le vice-recteur Spierer, en charge de la sécurité, a finalement accepté le jeudi de faire effacer ces photographies suite à une demande écrite de la CUAE. En outre, alors que le rectorat faisait de l’anonymat des étudiantes participant au mouvement d’occupation un obstacle au dialogue qu’il prétendait rechercher, il le tolère pour ses hommes de main, qui peuvent se permettre de menacer à tout va et d’empêcher l’accès à un bâtiment public, sans jamais s’identifier ni même donner la référence d’un responsable. Visiblement, les soucis éthiques ne sont pas les mêmes pour qui tient la matraque par le manche.

L’ordre règne à l’université. Le mouvement étudiant, quoi qu’on puisse en penser par ailleurs, aura au moins eu le mérite de mettre en évidence à quel point le flicage se généralise dans tous les aspects de nos vies, et en particulier à l’université. À l’heure où l’université rend un précieux service à la société – comme d’habitude, on désigne par ce mot attrape-tout l’économie capitaliste et l’État policier à son service – en instaurant un certificat en sécurité urbaine, elle n’hésite pas à mettre en œuvre en son sein les pires techniques de contrôle. On ne peut que remercier le rectorat et ses sbires pour cette clarification de sa vision du dialogue et de la participation.

[1] Comme toujours, les termes au féminin contenus dans ce texte se comprennent bien entendu aussi au masculin.